Point sur les expositions aux champs magnétiques de basses fréquences

Publié le par Le Macroscope

Expositions aux champs magnétiques de basses fréquences – Point actuel.

 

La presse en parle régulièrement, mais de quoi s’agit-il réellement ?

 

Nous avons tous, plus ou moins, entendu parler de l’exposition aux champs magnétiques. Entre la téléphonie mobile, le wifi et les lignes Très Haute Tension (T.H.T.), nous sommes constamment plongés dans toutes sortes d’ondes. Le wifi et la téléphonie mobile étant déjà largement débattus, je m’intéresse particulièrement aux champs magnétiques de basses fréquences (surtout ceux engendrés par les lignes T.H.T.).

 

Partons d’abord de ce que l’O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé) publie à ce sujet : « S'appuyant sur un examen approfondi de la littérature scientifique, l'OMS a conclu que les données actuelles ne confirment en aucun cas l'existence d'effets sanitaires résultant d'une exposition à des champs électromagnétiques de faible intensité. Toutefois, notre connaissance des effets biologiques de ces champs comporte encore certaines lacunes et la recherche doit se poursuivre pour les combler. »

 

« Cela étant, il est clair que s'il est prouvé que les champs électromagnétiques ont un effet sur le cancer, l'accroissement correspondant du risque ne peut être qu'extrêmement faible. »

 

« On fait actuellement un grand effort de recherche afin d'étudier la relation entre l'exposition aux champs électromagnétiques et le cancer. Des études se poursuivent en particulier -encore qu'à un rythme moins soutenu qu'à la fin des années 1990 - pour tenter de déterminer si les champs engendrés par les lignes électriques sont susceptibles d'avoir des effets cancérogènes, c'est-à-dire de causer des cancers. »

 

« Les études épidémiologiques ou celles qui portent sur la santé humaine constituent une troisième source de données sur les situations réelles, que ce soit dans la collectivité ou parmi différents groupes professionnels. Les chercheurs s'efforcent de déterminer s'il existe une association statistique entre l'exposition aux champs magnétiques et l'incidence d'une maladie ou d'un effet sanitaire indésirable déterminés. Ce sont cependant des études coûteuses. »

( http://www.who.int/peh-emf/about/WhatisEMF/fr/ )

 

Cela veut donc dire, qu’en gros, nous ne savons pas s’il y a un effet ou non sur la santé. Certaines études concluent à des effets sur la santé, d’autres non. Raison pour laquelle ce sujet revient régulièrement sur le devant de la scène.

 

En revanche, aucune étude n’exclue totalement l’absence de risque. Le doute subsiste donc.

 

Comme évoqué lors de mon précédent article, les normes d’exposition aux champs magnétiques en France ne tiennent compte que de l’exposition de courte durée et nullement d’une exposition prolongée. Raison pour laquelle les citoyens s’opposent quasi systématiquement à ce qu’avance R.T.E. qui se protège en avançant la législation actuelle, à savoir, 100µT (1999/519/CE : Recommandation du Conseil du 12/07/1999 relative à la limitation de l’exposition du public aux CEM de 0 à 300 GHz.)

 

« D’une manière générale, ces études, tant expérimentales qu’épidémiologiques, ont produit des résultats peu clairs, contradictoires et ont posé – et posent toujours - des problèmes de reproductibilité. Il s’ensuit qu’une étude isolée est totalement insuffisante pour permettre de tirer des conclusions générales sur l’existence ou non d’effets sanitaires. »

 

« La valeur de 0,4 μT concerne une exposition individuelle moyenne annuelle. C’est une valeur arbitraire qui a été retenue en épidémiologie afin de distinguer, dans les études, les personnes exposées à des niveaux faibles (99,5% de la population), des personnes dont l’exposition moyenne annuelle est supérieure à 0,4 μT (0,5% de la population). »

 

« Les ouvrages de RTE sont conformes à l’arrêté technique du 17 mai 2001 qui reprend en droit français les limites issues de la recommandation européenne du 12 juillet 1999 pour tous les nouveaux ouvrages et dans les conditions de fonctionnement en régime de service permanent. »

(Source : SECURISATION DU RESEAU ELECTRIQUE DE SOTEL POUR L’ALIMENTATION DES USINES ARBED – Février 2009).

 

On peut y voir, qu’on balaye les risques d’exposition de longue durée, pour ne s’attacher qu’à la réglementation actuelle et obsolète de la France en matière d’exposition aux champs magnétiques.

 

Pourtant il y a des signes de changements qui ne trompent pas :

 

- A.F.S.S.E.T. – 2010 : « Dans l’attente, l’Afsset recommande de ne pas installer ou aménager de nouveaux établissements accueillant des enfants (écoles, crèches…) à proximité immédiate des lignes à très haute tension, et de ne pas implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements. »

( http://www.afsset.fr/index.php?pageid=622&newsid=552&MDLCODE=news )

 

- R.T.E. - 2010 : « RTE (Réseau de transport d'électricité), a indiqué Louis Ménager, s'engagerait aujourd'hui à racheter les habitations dans la limite de 100 mètres de part et d'autre de la ligne mais aussi à « mettre en place un suivi médical pour les personnes qui en feront la demande », après l'installation de la ligne." ».

( http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Ligne-THT-vent-de-fronde-a-Vitre-communaute-_-1442702------35360-aud_actu.Htm )

 

- Assemblée Nationale - 2010 : « M. Daniel Raoul, sénateur, rapporteur, a donc souligné que le risque était très faible mais que l’inquiétude n’était pas pour autant illégitime et qu’il fallait, dans le cadre d’une démarche bénéfice-risque, entreprendre les actions adéquates : chercher à sortir de l’incertitude et ne pas accroître le nombre des enfants exposés. Pour ce faire, il a proposé qu’en 2015 l’AFSSET procède à une nouvelle évaluation et puisse s’appuyer sur une relance des recherches : épidémiologiques, en laboratoire et sur les causes des leucémies elles-mêmes. Il a également suggéré de s’inspirer des Pays-Bas et de prendre une mesure prudentielle, limitée à 5 ans et non obligatoire, c'est-à-dire soumise localement à un choix bénéfice-risque, d’éviter les nouvelles constructions ou de lignes qui aboutiraient à exposer des enfants de moins de 6 ans à des champs moyens supérieurs à 0,4 µT. »

( http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-oecst/09-10/c0910016.asp )

 

 

- C.H.U. de Brest 2010 : « En 2007, le BioInitiative Working Group, un groupe de travail transversal réunissant des scientifiques et/ou universitaires de différentes disciplines, a rendu public son rapport …Celui-ci retient comme possiblement accrus par l'exposition de longue durée aux champs ELF: les risques de leucémie de l'enfant, de cancer du cerveau, du sein, troubles de l'immunité et surtout de maladie d'Alzheimer ("strong evidence")

A noter : l'étude australienne ci-dessus est trop récente pour avoir été prise en compte par le rapport de BioInitiative »

 

« Toujours en 2007, l'OMS (Fact sheet N°322) évalue le nombre de cas de leucémie infantile due aux champs ELF (pour une exposition supérieure à 0,3 µT) à 100 à 2.000 cas/an dans le monde, soit 0,2 à 4,95 % de l'incidence annuelle totale de cette maladie.

En 2010 une synthèse des études publiées entre 1979 et 2008 conclut à la nécessité de revoir les limites d'exposition pour le public »

 

« Les études qui les (les effets) mettent en évidence utilisent souvent des expositions faibles et des durées d'exposition longues, alors que les études qui les réfutent utilisent, au contraire, des expositions élevées et des expositions courtes. Il n'est pas anormal que des études n'ayant ni les mêmes objectifs, ni les mêmes méthodologies rapportent des résultats différents, mais il se trouve que ce sont les expositions faibles sur une longue durée qui concernent la population générale et donc celles qu'il faut considérer avec le plus d'attention »

( http://www.chu-brest.fr/images/article678contenu5581.doc )

 

On voit bien que le problème des champs magnétiques de basses fréquences, revient sur le devant de la scène. R.T.E. ne va pas racheter des maisons pour les beaux yeux des habitants, ni financer un suivi médical pour ces derniers. L'A.F.S.S.E.T. ne va pas s'amuser à faire paniquer la population pour rien, et l'assemblée nationale ne va pas s'amuser non plus à se réunir pour rien (quoique...).

 

Au niveau Européen, on bouge également :

 

- un 2ème rapport sur la mise en œuvre de la recommandation 1999/519, édité en septembre 2008, qui reconnaît la préoccupation grandissante de la population concernant les champs électromagnétiques, incite à développer des actions de recherche sur leur toxicité éventuelle, mais ne remet pas en question, pour l'instant, la pertinence des recommandations de la directive 1999/519 ( http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:52008DC0532:FR:HTML )

 

une résolution, déposée par le Parlement Européen le 2 avril 2009, qui "prie instamment la Commission de procéder à la révision de la base scientifique et du bien-fondé des limites fixées pour les CEM dans la recommandation 1999/519/CE et de faire rapport au Parlement; demande que la révision soit menée par le comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux" (http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P6-TA-2009-0216+0+DOC+XML+V0//FR )

 

En somme, il est impératif que tous les projets de lignes T.H.T. tiennent déjà compte maintenant des changements législatifs qui pourraient intervenir dans les prochaines années. Car une fois ces lignes implantées il sera trop tard.

Publié dans Santé

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